Le renforcement de la coopération avec l’Azerbaïdjan s’inscrit dans des efforts plus larges visant à créer un espace européen plus interconnecté, résilient et stratégiquement cohérent.
C’est ce qu’a déclaré, dans une interview exclusive accordée en marge du Forum diplomatique d’Antalya, le ministre albanais des Affaires européennes et étrangères Ferit Hoxha.
« Nos relations bilatérales avec l’Azerbaïdjan se sont considérablement améliorées ces dernières années. Nous comprenons que nous pouvons faire davantage et restons engagés dans cette voie. Il ne fait aucun doute que le rôle et le poids d’un pays qui contribue à la sécurité énergétique, à la connectivité et à la stabilité régionale augmentent sensiblement en période d’incertitude. Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan est considéré comme un partenaire important pour l’Europe, notamment dans les domaines de l’énergie et du développement de corridors stratégiques de transport et d’énergie », a-t-il souligné.
Selon le ministre, pour exploiter pleinement ce potentiel, la coopération doit s’articuler autour d’un ensemble de priorités concrètes et tournées vers l’avenir :
- approfondir la coopération dans les domaines de l’énergie et des infrastructures, y compris l’expansion et la diversification des routes d’approvisionnement et des interconnexions ;
- accroître les investissements dans les réseaux, la logistique et les technologies « vertes », en mettant l’accent sur la résilience et la stabilité à long terme ;
- renforcer les liens économiques afin d’améliorer la compétitivité, de soutenir des chaînes de production intégrées et de faciliter les flux commerciaux ;
- intensifier un dialogue politique régulier et structuré sur les questions de sécurité régionale et les intérêts stratégiques communs.
« Du point de vue de l’Albanie, ces partenariats prennent toute leur valeur lorsqu’ils sont alignés sur l’objectif plus large de l’intégration européenne. Ils renforcent également le rôle de l’Albanie en tant que nœud clé de la connectivité régionale et soutiennent son profil d’acteur euro-atlantique fiable et responsable. Dans ce sens, nous considérons le renforcement de la coopération avec l’Azerbaïdjan comme une partie des efforts plus larges visant à construire un espace européen plus interconnecté, résilient et stratégiquement cohérent », a ajouté Hoxha.
Le ministre albanais a également salué les progrès réalisés dans le processus de règlement pacifique entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.
« Avant tout, nous nous réjouissons que la paix ait prévalu. Tout progrès crédible vers le renforcement d’un processus de paix durable entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie constitue une évolution positive, car il renforce la stabilité et favorise le développement dans une région d’importance stratégique pour l’énergie, la connectivité et la sécurité européenne au sens large. Une paix durable contribuera à une plus grande prévisibilité dans la région, améliorera les conditions de coopération et renforcera les corridors de transport et de logistique entre l’Europe et l’espace eurasien élargi.
Il est donc essentiel que ces avancées soient consolidées par une mise en œuvre complète et cohérente des accords conclus. Une paix à long terme exige non seulement une volonté politique au plus haut niveau, mais aussi des efforts constants pour renforcer la confiance, assurer la transparence et mettre en place des mécanismes efficaces de règlement des différends et de coopération régionale. Sans ces éléments, les résultats obtenus risquent de rester fragiles et réversibles », a-t-il indiqué.
Hoxha a souligné que, du point de vue de l’Albanie, la stabilité dans le Caucase du Sud revêt une importance qui dépasse largement la région elle-même.
« Elle est étroitement liée aux efforts de l’Europe pour diversifier ses sources d’énergie, à la résilience des principaux axes de transport et de commerce, ainsi qu’à l’architecture de sécurité du continent dans son ensemble. Dans ce contexte, la paix dans le Caucase du Sud doit être considérée non seulement comme un objectif régional, mais aussi comme une contribution stratégique à la stabilité globale, à la résilience et à la prospérité à long terme de l’Europe », a ajouté le chef de la diplomatie albanaise.
Abordant les priorités de l’Albanie lors du Forum diplomatique d’Antalya, Hoxha a indiqué que le forum envoie cette année un signal clair et opportun : dans un environnement international marqué par de multiples incertitudes interdépendantes, la diplomatie doit évoluer pour devenir non seulement réactive, mais aussi préventive, stratégique et orientée vers le renforcement de la résilience.
« Du point de vue de l’Albanie, cela nécessite une compréhension plus approfondie des transformations géopolitiques en cours, une coordination plus étroite avec les partenaires euro-atlantiques et, surtout, la capacité de transformer les priorités politiques en capacités étatiques, économiques et institutionnelles concrètes. La diplomatie moderne doit associer vision stratégique et mise en œuvre pratique.
Pour l’Albanie, “définir l’avenir” signifie reconnaître que la sécurité, l’économie, l’énergie et l’intégration européenne ne sont plus des domaines distincts. Ils sont profondément interconnectés. Les évolutions dans un domaine ont de plus en plus un impact direct sur les autres, influençant le commerce, les chaînes d’approvisionnement, la stabilité budgétaire et la cohésion sociale. Dans ce contexte, l’Albanie considère la diplomatie multilatérale, un partenariat euro-atlantique solide et l’accélération du processus d’intégration européenne non seulement comme des priorités stratégiques, mais aussi comme des réponses nécessaires à un environnement mondial plus complexe et imprévisible. Ce sont précisément ces instruments qui permettent de mieux anticiper les risques, de renforcer la résilience et de contribuer de manière significative à la paix, à la stabilité et au développement durable aux niveaux régional et international », a-t-il expliqué.
Hoxha estime que l’Europe et les Balkans occidentaux doivent adapter leurs stratégies en passant d’une gestion réactive des crises à la construction d’un modèle de développement durable à long terme.
« Cela nécessite non seulement le renforcement des institutions publiques et une meilleure coordination interinstitutionnelle, mais aussi des investissements ciblés dans des secteurs clés tels que la sécurité énergétique, les infrastructures, la transformation numérique et la connectivité régionale. Du point de vue de l’Albanie, les Balkans occidentaux font partie intégrante de l’architecture de sécurité européenne et euro-atlantique. Par conséquent, la stabilité de la région est indissociable de celle de l’Europe dans son ensemble. L’accélération de l’intégration dans l’Union européenne n’est pas seulement une aspiration nationale de nos pays, mais aussi un investissement stratégique dans la sécurité de l’Europe, sa cohésion et son importance mondiale.
Dans ce contexte, la promotion des réformes dans le domaine de l’État de droit, le renforcement de la gestion des finances publiques, l’approfondissement de la numérisation et la stimulation d’une croissance économique durable et inclusive sont essentiels. Ces efforts renforcent la résilience institutionnelle, améliorent la qualité de la gouvernance et augmentent la capacité de la région à résister aux chocs externes — qu’ils soient géopolitiques, économiques ou énergétiques », a déclaré le ministre.
Dans le même temps, selon lui, le renforcement de la coopération régionale reste déterminant.
« En renforçant la confiance, en améliorant la connectivité et en s’alignant plus étroitement sur les normes et les politiques de l’UE, les Balkans occidentaux peuvent se positionner comme un partenaire fiable et proactif dans la gestion des défis communs. En fin de compte, la résilience ne se limite pas à la capacité de faire face aux défis, elle implique une transformation. Cela signifie construire des sociétés et des économies adaptatives, compétitives et fondées sur des valeurs démocratiques, capables non seulement de faire face à l’incertitude, mais aussi de façonner un avenir plus stable et plus sûr pour la région et pour l’Europe dans son ensemble », a déclaré Hoxha.
Le chef de la diplomatie albanaise a souligné que, du point de vue de son pays, l’Europe doit mettre en œuvre une stratégie fondée sur trois axes qui se renforcent mutuellement.
« Tout d’abord, l’UE doit poursuivre de manière cohérente et résolue le processus d’élargissement aux Balkans occidentaux. Dans le contexte géopolitique actuel, l’élargissement n’est pas seulement une politique, mais une nécessité stratégique. En avançant dans le processus d’adhésion sur la base de la confiance et du mérite, l’UE renforcera la stabilité, consolidera les institutions démocratiques et réduira l’espace pour les influences extérieures dans une région qui demeure essentielle pour la sécurité à long terme de l’Europe.
Tout au long de l’histoire de l’Union européenne, l’élargissement a été son investissement géopolitique le plus efficace. Les précédentes vagues d’élargissement en apportent une preuve irréfutable. À court terme, l’adhésion à l’UE ancre les réformes, renforce la confiance des investisseurs et améliore la cohérence des politiques dans des domaines critiques tels que l’énergie, les infrastructures et l’État de droit. À long terme, elle contribue à la construction d’un continent européen plus uni et plus résilient, mieux préparé à faire face aux chocs économiques, aux risques sécuritaires et à la concurrence mondiale », a-t-il expliqué.
Deuxièmement, selon Hoxha, l’UE doit renforcer davantage la sécurité économique et énergétique grâce à des investissements durables dans les interconnexions énergétiques, les corridors de transport et les infrastructures critiques. L’amélioration de la connectivité transfrontalière et de la résilience permettra non seulement de réduire la vulnérabilité aux perturbations des approvisionnements, mais aussi de renforcer l’intégration régionale et la stabilité à long terme.
« Il est nécessaire de soutenir plus résolument la diversification économique et l’amélioration de la compétitivité, en particulier dans les pays des Balkans occidentaux. Cela exige de renforcer les capacités du secteur privé, d’accélérer la numérisation des chaînes de valeur, de stimuler l’innovation technologique et de corriger les faiblesses structurelles. Ces efforts sont essentiels pour atténuer l’impact des chocs externes sur la production, les chaînes d’approvisionnement et l’emploi, ainsi que pour garantir une croissance plus durable et inclusive.
C’est précisément ce que l’UE met déjà en œuvre avec nous tous dans le cadre du Plan de croissance. Ce plan n’est pas seulement un instrument financier, mais un cadre stratégique prometteur qui accélère la convergence économique, soutient les réformes structurelles et rapproche les Balkans occidentaux du marché unique de l’UE avant même l’adhésion formelle. Dans le cas de l’Albanie, il est pleinement synchronisé avec le processus d’intégration européenne », a souligné le ministre.
Troisièmement, comme l’a souligné Hoxha, l’Europe doit renforcer et, si possible, diversifier de manière créative ses instruments politiques et financiers destinés aux pays partenaires et candidats, en veillant à ce que le processus d’intégration européenne reste un ancrage fiable de stabilité.
« Pour l’Albanie, l’adhésion à l’UE n’est pas seulement une aspiration politique ; c’est un instrument stratégique pour renforcer la résilience de l’État, consolider le flanc sud-est de l’Europe et accroître la capacité à faire face aux défis géopolitiques et économiques », a conclu le ministre albanais.