Il y a encore peu de temps, le rôle énergétique de l'Azerbaïdjan était principalement défini par le pétrole et le gaz. Aujourd'hui, ce modèle s'élargit rapidement : le pays crée de nouvelles voies d'exportation d'électricité, développe les énergies renouvelables et relie la Caspienne au marché européen. L'un des éléments clés de ce système est le corridor reliant l'Asie centrale à l'Europe via la mer Caspienne et l'Azerbaïdjan. Sa création repose sur la stratégie à long terme du Président Ilham Aliyev, qui transforme progressivement la situation géographique du pays et son potentiel énergétique en fondement d'une nouvelle infrastructure régionale.
Aujourd'hui, l'Azerbaïdjan construit autour de lui quelque chose de beaucoup plus ambitieux : un système énergétique reliant la Caspienne, l'Asie centrale et l'Europe au sein d'une chaîne d'approvisionnement unique. L'un des exemples les plus révélateurs de cette stratégie est le corridor en cours de formation, par lequel l'électricité produite au Kazakhstan et en Ouzbékistan doit atteindre le marché européen via la mer Caspienne et l'Azerbaïdjan.
L'Europe connaît actuellement une transformation structurelle de son secteur énergétique. Le continent poursuit simultanément deux objectifs : réduire sa dépendance à l'égard de fournisseurs individuels et accroître la part des énergies propres. Ces deux objectifs exigent de nouvelles capacités de production et de nouvelles voies d'acheminement. Produire de l'énergie ne suffit pas : il faut aussi pouvoir la transporter, de préférence par des corridors prévisibles et politiquement stables.
C'est précisément dans ce contexte que l'Azerbaïdjan occupe une position unique. Le pays dispose lui-même d'un immense potentiel dans le domaine des énergies renouvelables, à terre comme en mer, notamment dans la Caspienne. Il est également capable de recevoir et de retransmettre l'énergie produite par les pays voisins de la région, qui n'ont historiquement pas disposé d'un tel accès au marché européen. Le projet « Asie centrale – Azerbaïdjan » élimine ce goulet d'étranglement. Il ne crée pas un nouveau potentiel : il ouvre un débouché à celui qui existe déjà.
Le rôle de l'Azerbaïdjan dans ce système ne peut pas être réduit au simple transit. Le pays est simultanément producteur, corridor et point de convergence de plusieurs flux énergétiques. Cette combinaison est rare. Ses propres projets éoliens et solaires, de Garadagh à Khizi-Absheron, constituent une base de production nationale. Les parcs éoliens offshore de la Caspienne ajoutent des capacités qui peuvent servir pendant des décennies. La situation géographique entre la mer Caspienne et la mer Noire transforme par ailleurs l'Azerbaïdjan en un carrefour naturel par lequel peut transiter de l'énergie provenant de sources très différentes.
C'est pourquoi un même corridor répond à des besoins différents selon les pays. Pour le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, il offre un débouché à leur production croissante d'énergie renouvelable vers une demande stable et solvable. Pour l'Azerbaïdjan, il élargit le rôle du pays, qui passe de fournisseur de pétrole et de gaz à opérateur d'un système énergétique complexe. Pour l'Europe, il représente une nouvelle source d'énergie propre géographiquement indépendante.
Les grands projets énergétiques ne reposent jamais uniquement sur leur rentabilité économique. Ils nécessitent une histoire commune, des années de coopération qui rendent un partenariat résistant aux fluctuations politiques et économiques. L'Azerbaïdjan dispose déjà d'une telle expérience. Des décennies de livraisons de pétrole via l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et de gaz via le Corridor gazier méridional ont forgé la réputation du pays comme partenaire fiable, respectant ses engagements même pendant les périodes de turbulence sur les marchés énergétiques.
Cette réputation se traduit directement par la volonté des investisseurs et des gouvernements de financer des projets encore plus ambitieux et coûteux : le câble sous-marin Black Sea Energy à travers la mer Noire, le corridor passant par la Géorgie, la Turquie et la Bulgarie, et désormais la connexion avec l'Asie centrale. Chaque nouveau projet repose sur la confiance accumulée grâce aux précédents et la renforce simultanément pour les suivants.
Dans la géopolitique énergétique, les modèles dans lesquels l'avantage d'une partie n'entraîne pas de perte pour une autre sont rares. Le corridor Azerbaïdjan – Asie centrale – Europe en est un exemple.
L'Azerbaïdjan obtient le rôle de hub clé de l'énergie régionale, un statut qui renforce sa position bien au-delà du secteur pétrolier et gazier. Les pays d'Asie centrale obtiennent ce qui leur manque aujourd'hui le plus : un canal d'écoulement pour les futurs volumes d'énergie renouvelable qui risqueraient autrement de dépasser les capacités de leurs marchés intérieurs. L'Europe bénéficie quant à elle d'une diversification à la fois des types d'énergie et de la géographie des approvisionnements, ce qui constitue aujourd'hui en soi une forme de sécurité énergétique.
La Banque asiatique de développement et la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures ont participé à l'étude de faisabilité du projet. Leur implication montre que celui-ci est considéré sérieusement comme un investissement infrastructurel à long terme.
La clairvoyance du projet réside dans le fait qu'il est conçu non pas pour la demande actuelle, mais pour celle de demain. Lorsque les parcs éoliens offshore de la Caspienne et les nouvelles centrales solaires d'Asie centrale atteindront leur pleine capacité, le corridor destiné au transport de cette énergie devra déjà être opérationnel. Construire les infrastructures parallèlement aux capacités de production, plutôt qu'après leur mise en service, constitue une rare forme d'anticipation stratégique dans le secteur énergétique, où les grands projets prennent des années à réaliser.
Si l'on observe la carte des routes énergétiques que l'Azerbaïdjan développe simultanément – Black Sea Energy vers l'ouest, le corridor via la Géorgie, la Turquie et la Bulgarie vers le sud-ouest, et la connexion avec l'Asie centrale vers l'est –, une évidence se dégage : le pays ne rassemble pas une série de projets isolés, il construit un système unique. Un système dans lequel chaque nouvelle route accroît la valeur de toutes les autres.
C'est là que réside le principal sens de ce qui se produit actuellement. Il ne s'agit pas de poser un seul câble ou de signer un seul mémorandum. Il s'agit de construire une architecture dans laquelle l'énergie renouvelable de toute une région, de l'Asie centrale à la Caspienne, pourra accéder au marché européen de manière stable, prévisible et pour des décennies.
Le système qui se forme aujourd'hui est le résultat d'une stratégie dans laquelle l'Azerbaïdjan ne dépend plus d'un seul modèle de rôle énergétique. Le pays développe simultanément sa propre production d'énergie verte, ouvre au marché européen l'accès à l'énergie d'Asie centrale et crée plusieurs routes d'exportation interconnectées. Une infrastructure se forme ainsi, dans laquelle chaque nouveau projet renforce l'importance des précédents. Cette approche systémique est devenue l'un des principaux axes de la politique du Président Ilham Aliyev. Aujourd'hui, l'Azerbaïdjan ne se contente plus de profiter de sa position entre la Caspienne et l'Europe : il la transforme en avantage stratégique à long terme. A mesure que les nouvelles infrastructures énergétiques se développeront, le rôle du pays dans le système énergétique de toute la région deviendra de plus en plus important.