Alors que l'attention du monde reste concentrée sur les conflits et les difficultés économiques, le sud de l'Europe est ravagé depuis plusieurs semaines par de vastes incendies de forêt. L'Espagne, la France, l'Italie, la Grèce et le Portugal sont confrontés à des feux de grande ampleur. Dans les régions touchées par une chaleur extrême, la sécheresse et des vents violents, les incendies se déclarent les uns après les autres.
À l'origine de cette situation se trouve une météo exceptionnelle. Dès le mois de mai, une vague de chaleur a frappé l'Europe. Par endroits, la température de la mer Méditerranée a dépassé de cinq degrés les normales saisonnières. En Grèce, le thermomètre a atteint 42 degrés, tandis que les forêts et les broussailles se sont transformées en véritable combustible. Une seule étincelle suffisait alors pour que les flammes se propagent à une vitesse fulgurante.
Le problème s'est toutefois révélé bien plus profond que les seules conditions météorologiques extrêmes. Depuis de nombreuses années, les climatologues avertissent que les vagues de chaleur seront de plus en plus fréquentes et intenses. Pourtant, les événements de cet été ont montré qu'une grande partie des États européens ne s'est toujours pas adaptée à cette nouvelle réalité.
Les incendies ne sont pas les seuls à le démontrer. Les conséquences de la canicule en apportent également la preuve. Selon les estimations préliminaires du centre européen de surveillance de la mortalité EuroMOMO, la chaleur exceptionnelle aurait provoqué au moins 10 000 décès supplémentaires en Europe au cours d'une seule semaine, à la fin du mois de juin. Plus de 9 000 des victimes étaient âgées de plus de 65 ans. La situation a été particulièrement préoccupante en France et en Belgique, où la mortalité a largement dépassé les niveaux saisonniers. L'Espagne a également signalé plus d'un millier de décès liés aux températures extrêmes.
Si ces records de chaleur ne constituent désormais plus une surprise, une question s'impose : pourquoi les autorités se retrouvent-elles une nouvelle fois contraintes d'agir seulement après que le nombre de victimes se compte déjà par milliers ?
L'ampleur des incendies a renforcé ce sentiment d'impréparation. Depuis le début de la saison, près de 44 000 hectares de forêts ont brûlé en France, soit bien davantage que la moyenne habituelle. En Espagne, l'incendie près de Guadalajara est devenu le deuxième plus vaste de l'histoire du pays, tandis que 22 grands feux ont déjà été recensés depuis le début de l'année. En Sicile, les pompiers ont effectué plus d'un millier d'interventions en quelques jours.
Des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile ou leur lieu de vacances. Près de 19 000 habitants ont été évacués en Gironde, en France, et environ 10 000 autres dans la région de Madrid.
Le bilan humain reste la conséquence la plus dramatique. En Andalousie, l'un des plus importants incendies a fait au moins onze morts, tandis que des dizaines de personnes étaient toujours portées disparues. En France, deux pompiers ont perdu la vie en combattant les flammes.
Dans ce contexte, l'Espagne a instauré, le 24 juillet, pour la première fois de son histoire, un état d'urgence de niveau national en raison des incendies de forêt. Jusqu'à présent, un tel dispositif n'avait été utilisé que lors de graves défaillances du réseau électrique. Des unités militaires ont dû être mobilisées pour participer aux opérations de lutte contre les incendies.
À lui seul, ce choix est révélateur. Lorsqu'un pays est contraint de recourir à des mesures d'urgence nationales pour combattre les incendies, cela signifie que les mécanismes habituels ne suffisent plus.
Le problème ne concerne d'ailleurs pas le travail des pompiers, qui interviennent souvent à la limite de leurs capacités. Il porte avant tout sur le niveau de préparation des États. Malgré les avertissements répétés des scientifiques depuis de nombreuses années, de nombreux pays manquent encore de programmes efficaces de débroussaillage, de systèmes modernes de détection précoce des incendies, de réserves suffisantes d'avions bombardiers d'eau et de plans d'action adaptés aux épisodes de chaleur extrême. La France, par exemple, a de nouveau dû solliciter l'aide d'autres pays européens et faire appel à des moyens aériens venus de Suède et de Chypre.
Les infrastructures civiles n'étaient pas davantage préparées. Lors de la vague de chaleur de juin, des milliers d'écoles françaises ont dû fermer après que la température dans les salles de classe s'est approchée des 40 degrés. En Belgique, les autorités ont reconnu des difficultés dans le fonctionnement du numéro d'urgence 112 précisément au moment où les personnes âgées en avaient le plus besoin. Au Royaume-Uni, la chaleur a entraîné l'annulation de consultations hospitalières, la réduction des horaires scolaires et même des limitations de vitesse pour les trains. Dans la quasi-totalité des cas, les décisions ont été prises en pleine crise plutôt qu'en amont.
Les experts de l'Organisation mondiale de la santé rappellent régulièrement qu'une grande partie des décès liés à la chaleur pourrait être évitée. Cela suppose des plans d'action préparés à l'avance : création de centres de rafraîchissement, suivi des personnes âgées isolées, adaptation des écoles, des hôpitaux et des maisons de retraite, ainsi que modernisation des infrastructures urbaines. Or, ce sont précisément ces réponses structurelles qui font aujourd'hui défaut dans de nombreux pays européens.
Il convient également de souligner le travail des équipes de secours. Pompiers, militaires et volontaires luttent jour et nuit contre les flammes, évacuent les habitants et protègent les zones habitées. Mais même leurs efforts atteignent leurs limites lorsque les systèmes publics ne réagissent qu'une fois la catastrophe déjà hors de contrôle.
Cet été a clairement montré que le principal défi auquel l'Europe est confrontée n'est pas seulement la chaleur exceptionnelle ou les incendies qui en découlent, mais le fait que les dispositifs de protection et d'adaptation ne suivent plus l'évolution de la réalité climatique. Les autorités continuent trop souvent d'agir selon un schéma ancien, en réagissant uniquement lorsque la catastrophe s'est déjà produite, au lieu de s'y préparer à l'avance. Tant que cette approche ne changera pas, chaque nouvel été marqué par une chaleur exceptionnelle risque de provoquer davantage de victimes, de destructions et d'incendies records que le précédent.