La diaspora arménienne de France vient de recevoir une sérieuse gifle. Il y a encore quelques jours, les médias arméniens annonçaient avec enthousiasme l'inauguration officielle, prévue le 2 septembre devant l'Hôtel de Ville de Paris, d'une exposition consacrée aux criminels arméniens condamnés à Bakou. De grandes déclarations et des discours enflammés de responsables français étaient attendus. Mais quelque chose ne s'est pas passé comme prévu.
La veille, Nouvelles d'Arménie, porte-voix de la diaspora, a annoncé avec indignation que la cérémonie avait été annulée.
En réalité, les panneaux montrant les visages des criminels sont déjà installés sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris depuis le 31 août et continueront d'effrayer les Parisiens jusqu'au 4 septembre. La partie officielle devait avoir lieu le 2 septembre. Le maire, les représentants de la diaspora et les lobbyistes devaient s'emparer du micro, déverser des accusations calomnieuses contre Bakou et réclamer la libération des condamnés.
Bakou a pris des mesures préventives. L'ambassadrice d'Azerbaïdjan en France, Leyla Abdullayeva, a adressé au maire de Paris une lettre de protestation contre la tenue de l'exposition et l'a appelé à reconsidérer la décision d'organiser cet événement. L'ambassadrice a rappelé les faits pour lesquels les personnes concernées avaient été condamnées et souligné que cette provocation était incompatible avec l'agenda de paix mis en œuvre entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie.
On pourrait supposer que la mairie de Paris ignorait la réalité de la situation et qu'après avoir pris connaissance des faits, elle a décidé de revoir sa position. Mais cette hypothèse est très douteuse. La mairie de Paris a toujours entretenu des liens étroits avec la diaspora et le lobby arméniens. Certes, l'actuel maire, Emmanuel Grégoire, n'est entré en fonction qu'en mars et n'a pas encore eu beaucoup d'occasions de se faire remarquer sur ce terrain. Sa prédécesseure, Anne Hidalgo, était en revanche une fervente partisane des positions arméniennes et suivait volontiers la ligne de la diaspora. Il est difficile d'imaginer qu'Hidalgo aurait annulé une initiative aussi provocatrice après une lettre de l'ambassade d'Azerbaïdjan. Sa politique a beaucoup contribué à détériorer les relations entre Bakou et Paris. Peut-être Monsieur Grégoire entend-il mener une politique plus raisonnable. Espérons-le.
Quelque chose laisse toutefois penser que la décision d'annuler cette provocation officielle n'a pas été prise de la propre initiative de la mairie, mais après un sérieux rappel à l'ordre venu de l'Élysée. Contrairement au maire fraîchement installé, on sait parfaitement là-bas de quoi il retourne. On sait également qu'il vaut mieux éviter de se lancer dans de nouveaux jeux douteux avec l'Azerbaïdjan. Car, comme l'expérience l'a montré, Bakou dispose de véritables moyens pour répondre aux provocations.
Quoi qu'il en soit, la mairie de Paris a pris la bonne décision, qui ne peut qu'être saluée. Les structures officielles peuvent difficilement arrêter la diaspora, avec laquelle elles entretiennent des liens depuis des décennies et dont elles dépendent à bien des égards. Elles peuvent en revanche éviter de donner une dimension étatique aux provocations arméniennes. Compte tenu des tendances actuelles, la France n'a certainement pas besoin de l'image d'un pays qui aurait nui à la paix dans le Caucase du Sud.