Le câble énergétique sous-marin qui doit relier le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan au fond de la mer Caspienne passe désormais des déclarations présidentielles à l’étude d’ingénierie. L’objectif de 5 GW d’ici 2030, l’enregistrement de la Green Corridor Alliance à Bakou, l’intention du Tadjikistan de rejoindre le projet ainsi que les premières conclusions encourageantes de la société italienne d’ingénierie et de conseil Centro Elettrotecnico Sperimentale Italiano (CESI), chargée de préparer l’étude de faisabilité, montrent que le projet progresse plus rapidement que la plupart des initiatives transfrontalières d’infrastructures énergétiques.
Le corridor énergétique vert de la mer Caspienne est passé du stade de l’initiative politique à celui de la préparation concrète. L’idée de construire une ligne sous-marine à haute tension afin de transporter de l’énergie renouvelable depuis l’Asie centrale vers l’Azerbaïdjan, puis vers l’Europe, a été formalisée à plusieurs niveaux. En mai 2024, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan ont signé un mémorandum d’entente sur le projet. En novembre 2024, lors de la COP29 à Bakou, les dirigeants de ces pays ont conclu un accord de partenariat stratégique. En juillet 2025, l’entreprise commune Green Corridor Alliance a été créée à Bakou. Le projet entre désormais dans la phase d’évaluation technique, et les premiers résultats de l’étude de faisabilité sont déjà qualifiés de « très prometteurs » par les spécialistes.
CESI, mandatée par la Banque asiatique de développement pour préparer l’étude de faisabilité de la première phase, a commencé ses travaux en janvier 2026. L’étude évalue la viabilité du corridor énergétique proposé en tenant compte des facteurs techniques, économiques, réglementaires et environnementaux. Ses conclusions doivent servir de base à un projet que CESI décrit comme « l’un des corridors énergétiques verts les plus ambitieux reliant l’Asie centrale à l’Europe ». Un séminaire de lancement consacré à la première phase de l’étude de faisabilité s’est tenu à Bakou. CESI y a présenté un bref résumé des résultats, qualifiés de « très prometteurs », ainsi que la méthodologie employée et les prochaines étapes. L’étude de faisabilité devrait être présentée au début de l’année 2027. Elle est financée par des subventions de la Banque asiatique de développement et de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, pour un montant total de 1 million d’euros.
Le projet de corridor énergétique vert de la mer Caspienne vise à intégrer 5 GW de capacités renouvelables d’ici 2030 sur l’ensemble de l’itinéraire Caspienne–mer Noire. L’étude de faisabilité de cette initiative, d’un coût de 1 million d’euros, est entièrement financée par la Banque asiatique de développement et la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures. Chacun des trois opérateurs des pays fondateurs détient une participation égale de 33,3 % dans la Green Corridor Alliance. L’achèvement de la première phase de l’étude de faisabilité est attendu au début de 2027 et jouera un rôle déterminant dans la définition des prochaines étapes du projet.
Les calculs relatifs à la production, sur lesquels repose l’ambition du corridor, sont plus convaincants que ceux de nombreux projets similaires, car ils s’appuient sur des contrats concrets et non sur des plans hypothétiques. À lui seul, l’Ouzbékistan a produit 10,5 milliards de kWh d’énergie solaire et éolienne en 2025. D’ici la fin de 2026, le pays prévoit de porter ce volume à 15 milliards de kWh et d’atteindre 21 GW de capacités renouvelables d’ici 2030. Cela permettra d’économiser chaque année 18 milliards de mètres cubes de gaz naturel et de réduire les émissions de 25 millions de tonnes. La région de Manguistaou, au Kazakhstan, désignée comme le principal nœud des connexions occidentales, possède certaines des ressources éoliennes les plus prometteuses du bassin caspien. C’est précisément dans cette région que des investisseurs étrangers avaient prévu d’importants investissements dans l’énergie éolienne. Le corridor n’est pas conçu pour transporter des capacités qui n’existent pas encore. Il est destiné à acheminer des volumes déjà disponibles et qui ont besoin d’un accès aux marchés extérieurs.
Le schéma du corridor prévoit deux câbles, un élément essentiel pour évaluer le calendrier réaliste de sa mise en œuvre. La traversée de la mer Caspienne, avec un câble sous-marin à courant continu haute tension reliant l’ouest du Kazakhstan, notamment la région de Manguistaou, à l’Azerbaïdjan, constitue la principale difficulté technologique du projet. Le point le plus profond de la mer Caspienne atteint 1 025 mètres, ce qui ne crée pas d’obstacles technologiques insurmontables pour la pose d’un câble HVDC. La question de la légalité des travaux dans cette zone reste toutefois ouverte, car la Convention de 2018 sur le statut juridique de la mer Caspienne ne règle que partiellement le problème des revendications croisées des pays situés le long du tracé du câble.
La traversée de la mer Noire, depuis le port géorgien d’Anaklia jusqu’à Constanța, en Roumanie, constitue un projet distinct mais étroitement lié. Le câble sous-marin de la mer Noire, long de 1 500 kilomètres, est réalisé dans le cadre de l’initiative Global Gateway de l’Union européenne et réunit quatre pays : l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Roumanie et la Hongrie. Il doit acheminer vers le réseau énergétique européen l’électricité renouvelable produite dans la région du Caucase du Sud. L’étude de faisabilité du câble de la mer Noire a été préparée par CESI et a conclu que le projet était techniquement réalisable, pour un coût estimé entre 3,1 et 3,7 milliards d’euros lors de la première phase. En décembre 2025, le projet a été inclus dans la liste des projets d’intérêt mutuel de l’Union européenne. Pour l’Europe, la valeur de l’itinéraire caspien dépend entièrement de l’achèvement du câble de la mer Noire. Sans débouché occidental depuis l’Azerbaïdjan, l’énergie renouvelable d’Asie centrale ne pourra être dirigée que vers le marché intérieur azerbaïdjanais, déjà saturé.
Le nouveau facteur tadjik
Un événement survenu la semaine dernière modifie sensiblement les calculs liés au corridor. Le 23 juin 2026, il a été annoncé que le Tadjikistan souhaitait rejoindre le corridor énergétique vert. L’importance du Tadjikistan pour le projet est liée à son potentiel hydroélectrique. Le pays produit environ 97 % de son énergie dans des centrales hydroélectriques, notamment la gigantesque centrale de Nourek, d’une capacité de 3 015 MW, ainsi que la centrale de Rogoun, actuellement en construction, dont la capacité prévue après son achèvement doit atteindre 3 600 MW. Elle doit également devenir le plus haut barrage du monde. L’hydroélectricité est précisément le type d’énergie renouvelable capable de combler l’écart entre les capacités actuelles et l’objectif de 5 000 MW fixé dans le cadre du corridor. L’énergie solaire et éolienne dépend des conditions météorologiques et reste moins stable, tandis que l’hydroélectricité fournit une charge de base pilotable, bien plus précieuse pour les entreprises énergétiques européennes que des sources comme le vent et le soleil.
Comparée à l’ampleur des infrastructures évaluées, l’étude d’un million d’euros représente une goutte d’eau. Le seul câble caspien, dont le coût doit constituer l’un des principaux résultats de l’étude, sera probablement évalué à plusieurs milliards d’euros. Ce montant est comparable à celui du câble de la mer Noire, dont la première phase est estimée entre 3,1 et 3,7 milliards d’euros. Le dilemme qui apparaîtra après l’achèvement attendu de l’étude au début de 2027 est donc évident : qui financera le projet ? La Banque asiatique de développement et la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures se sont engagées à consacrer 2 millions de dollars à cette phase du projet et devraient logiquement devenir des institutions d’ancrage pour le futur financement par emprunt. Elles pourraient être rejointes par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, le fonds Global Gateway de l’Union européenne et peut-être même par un mécanisme souverain saoudien, puisque le ministère saoudien de l’Énergie a déjà manifesté son intérêt pour le projet.
Le rôle de l’Azerbaïdjan dépend directement du règlement des questions financières. La position géographique de Bakou fait de l’Azerbaïdjan l’unique porte d’entrée caspienne vers l’Europe par laquelle peut transiter l’énergie produite dans la région de la mer Caspienne. Bakou joue un rôle similaire dans le secteur gazier. Le lancement de la ligne de transport d’électricité AZURE, le développement du câble sous-marin de la mer Noire dans le cadre des projets européens et l’enregistrement de la Green Corridor Alliance à Bakou constituent différents éléments d’une même architecture. Le ministre azerbaïdjanais de l’Énergie, Parviz Chahbazov, a déclaré que le corridor énergétique vert transcaspien était compatible avec la stratégie nationale de diversification des exportations énergétiques, fondée sur la situation géographique du pays. Comme lors de la construction des gazoducs, il s’agit désormais d’électrons et non de molécules. Au début de 2027, il deviendra clair si le projet est capable de passer de l’étude de faisabilité à un financement réel. Pour le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, cette question est fondamentale, car leur production croissante d’énergie verte a besoin d’un accès fiable aux marchés extérieurs.